Par Thierry Poupard
La semaine dernière, j’ai quitté deux restaurants coup sur coup pour cause de non assistance à personne affamée ou absence de service minimum… Même scénario dans les deux cas : après un accueil inexistant on m’installe à une table, puis, ayant fait mon choix, je repose la carte. Et j’attends. Le temps me parait d’autant plus interminable que la salle est à moitié vide et, au bout de dix bonnes minutes, je me lève. Dans le premier endroit, le personnel était si inattentif qu’il ne m’a même pas vu sortir et dans le second un serveur à la porte m’a demandé, surpris : « on n’est pas venu à votre table ? » Comme j’étais accompagné, pour ces deux restaurants indépendants, ce fut deux couverts en moins ce soir là et deux clients perdus pour toujours.
Lorsque l’on me demande ce qu’il faut faire pour que ça aille mieux, je réponds invariablement qu’il suffit d’exercer son métier de restaurateur le mieux possible. Tout simplement. Et quand je dis en quoi cela consiste pour le client, on me rétorque systématiquement : « oh, mais ça on le fait déjà » ou bien « ça on a essayé » ou encore « ça ne marche pas, ça prend du temps, ça coûte trop cher » et autres dénégations du genre. Trop souvent, c’est le personnel qui est mis en cause pour son inexpérience ou son manque de motivation ; jamais un patron ne fait son autocritique. Et pourtant, il existe une règle qui ne connaît pas d’exception : l’attitude du personnel est toujours le reflet de celle de son patron.
Comme mon anecdote ci-dessus le prouve, quand la routine s’installe on perd de vue les fondamentaux. Petit rappel des actions basiques pour recruter le client avant même qu’il ne pousse la porte de l’établissement, lui vendre des produits complémentaires sur place et le fidéliser jusqu’au moment où il quitte les lieux.
- Recruter de nouveaux clients consiste à communiquer à l’extérieur. A commencer par le site même : la façade, sa visibilité et sa propreté jouent un rôle d’attractivité qui est souvent négligé ; la carte extérieure et une ou deux affichettes vitrines servent à informer et à séduire le passant. Or, souvent, l’éclairage des enseignes ou des spots est défaillant, les ardoises sur le trottoir peu lisibles. Alentour, il peut s’avérer utile de se faire connaître des bureaux, administrations et autres « générateurs de trafic ». Et avec les nouveaux media, de puissants moyens existent pour gagner des clients : les sites communautaires qu’il faut « alimenter » sans omettre de répondre aux messages « postés » et, bien sur, les plateformes de réservation en ligne.
- La fidélisation commence avec l’accueil du client. Une formule de bienvenue s’impose ou un signe de tête si l’on est éloigné de l’entrée car pas une seconde le client ne doit être livré à lui même. La première impression étant annonciatrice du service pratiqué dans l’établissement, mieux vaut qu’elle soit bonne parce qu’il n’y a jamais de deuxième première impression… La fidélisation se poursuit en plaçant le client au plus vite tout en gardant un œil attentif sur l’ensemble de la salle. On voit trop souvent un bras qui s’agite ou un regard qui cherche en vain celui d’une serveuse. Une fois la commande prise, le personnel de service apporte immédiatement la boisson et gère au mieux les temps morts. Plus facile à dire qu’à faire si la salle est comble, certes, mais il y a un gouffre entre la perception de dix minutes où il ne se passe rien et celle du même laps de temps entrecoupé par un petit mot pour dire que l’on s’occupe de vous.
- Le service, quand il est bon, agit positivement sur le ticket moyen avec les suggestions, à la fois pertinentes et sobres, faites pour une entrée, un plat (dont la marge est élevée), une seconde boisson sitôt la première terminée, un dessert, un café gourmand, un café, un deuxième café si le client n’est pas pressé. La communication au point de vente sert également à mettre en avant les produits que l’on souhaite vendre au moyen d’une carte qui respecte scrupuleusement la logique de lecture des clients, d’une ardoise propre et lisible, d’une affichette bien placée, d’un chevalet de table alléchant.
- La relation éphémère entre le client et l’établissement se termine par le dernier contact. Remercier le client avec un sourire et une formule qui l’incite à revenir n’est pas un « plus », c’est une obligation. Le raccompagner et lui ouvrir la porte est encore mieux si on a le temps. La dernière impression est celle qui peut effacer un léger désagrément dans le service et, surtout, celle qui va rester dans la mémoire du client. Il ne faut la rater sous aucun prétexte ni sous estimer le bouche à oreille, réel et virtuel, qui est un puissant moteur pour acquérir de nouveaux clients, et gratuit !
Ce train de mesures peut être mis en place dès demain. A moindre frais. Injecter une bonne dose de marketing n’est pas une dépense mais un investissement puisque sa fonction est d’améliorer le mix des ventes et la rentabilité tout en augmentant la satisfaction client. Non, non, le marketing n’est ni un gros mot, ni l’apanage des chaînes. Quant à l’accueil et au service, ce sont les premiers critères de fidélisation, c’est une évidence. Enfin, pour ce qui est de motiver (et fidéliser) le personnel à qui il est demandé d’être meilleur, il existe les accords d’intéressement. La seule certitude que nous ayons est que celui qui ne change rien ne peut rien espérer de mieux que ce qu’il a actuellement. Alors, pour faire face à l’opprobre qui est jeté sur la restauration indépendante en cette période de fortes turbulences, la stratégie salvatrice est d’améliorer de façon perceptible par la clientèle la manière d’exercer le métier.
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