La restauration française a raté son rendez-vous avec l’histoire
Lundi 20 juillet 2009Par Thierry Poupard
Les premiers chiffres tombent à propos de la répercussion sur les prix de la baisse du taux de TVA : un établissement sur deux selon la DGCCRF qui a effectué ses premiers contrôles depuis le 1er juillet, même estimation de la part d’Hervé Novelli, un sur trois pour Gira Conseil, deux sur trois parmi les adhérents du Synhorcat, aucune information côté Umih dont la présidente estime qu’il est trop tôt pour risquer une quantification entre bons et mauvais élèves. Conclusion : qui est crédible ?
Or, un rendez-vous avec l’histoire n’est pas une question de temps mais de date et ce 1er juillet ne restera pas inscrit dans les annales. Le consommateur français se souviendra qu’il ne s’est pas passé grand-chose, qu’il n’y a pas eu le phénomène d’ampleur escompté, en dehors des chaînes qui ont créé l’événement en appliquant toutes l’intégralité du contrat d’avenir et qui seront, probablement, les principales bénéficiaires de l’opération.
Le Big Bang était attendu et, au vu des courriers des lecteurs de la presse et des blogs sur le sujet, nombre de consommateurs s’offusquent aujourd’hui de ces restaurateurs qui récupèrent l’argent du contribuable à leur seul profit. En effet, la baisse de la TVA représentant un manque à gagner annuel net de 2,3 Mds Euros pour l’Etat, si l’on considère que la moitié du total des 154 000 cafés et restaurants (INSEE 2008) gardent cette manne pour eux, cela représente quand même 30 000 Euros par établissement…
Beaucoup de restaurateurs mal informés ont été pris de court et, d’ailleurs, on voit ici ou là des établissements afficher de nouveaux prix et communiquer timidement sur la baisse. Certains disent qu’apposer le sticker « officiel » fait craindre un contrôle de la DGCCRF. Mais qu’ont-ils donc à cacher ?.. D’aucuns prétendent qu’ils n’ont pas diminué les prix parce qu’ils ont augmenté le personnel. Invérifiable. Levez-vous donc de table pour demander au chef en cuisine si son salaire a bien été revalorisé et de combien ! D’autres affirment qu’ils préfèrent garder une réserve en prévision d’inévitables hausses du coût des matières premières. Douteux. Celles-ci ont été systématiquement répercutées sur les prix de vente et on ne voit pas pourquoi il en adviendrait autrement. D’autres encore justifient le maintien de leurs prix par le fait qu’ils ne les ont pas augmenté depuis des années. On se demande alors où l’INSEE a bien pu trouver le chiffre d’une hausse des prix des cafés et restaurants de 2% quand l’inflation est de -0,5% (12 derniers mois à juin 2009). Il y en a même qui disent avoir d’autres priorités et que la baisse des prix sera pour plus tard. Pour quand, lorsque la situation empirera ? Ceux-là confondent mesure fiscale immédiate avec promotion ultérieure.
Ce que n’ont pas compris ces gens là c’est que baisser les prix de certains produits phares, et même des fameux sept produits recommandés, n’affecte pas le vin, la bière et les autres boissons alcoolisées et laisse un revenu supplémentaire de 11,8% sur tous les autres produits dont le prix n’a pas varié. Si la sélection des produits est bien faite, le résultat est nécessairement positif. Et si l’on ajoute une légère augmentation de la fréquentation due à des prix plus attractifs (que chez le concurrent), c’est du revenu brut additionnel qui rentre dans la caisse.
Le Big Bang ne s’étant pas produit, nul besoin d’attendre la rentrée ou la fin de l’année pour tirer les premières conclusions :
1. L’image de la profession n’en sortira pas grandie auprès de sa clientèle.
2. Beaucoup de professionnels semblent avoir oublié que la fréquentation est le principal moteur de leur activité et, n’ayant pas su profiter de cette aubaine, celle-ci va continuer de stagner.
3. La hausse du ticket moyen se poursuivra comme à l’accoutumer puisque, justement, il faudra bien compenser la stagnation ou le déclin de l’activité par des augmentation de prix.
4. Rien, ou si peu, n’aura changé dans le paysage de la restauration française.
Ce rendez-vous manqué avec l’histoire, cette occasion unique qu’avaient les professionnels indépendants de séduire à nouveau le consommateur et de se relancer ne va faire qu’amplifier la standardisation, la banalisation, l’américanisation, de la restauration française : le haut de gamme restera le haut de gamme, les bons indépendants auront toujours du succès, les chaînes bien positionnées vont inexorablement accroître leurs parts de marché et les formules rapides, self service, vente à emporter et autres épiceries – restaurants vont se développer à très grande vitesse. Les établissements qui n’entrent dans aucune de ces catégories, qui sont la grande majorité, sont condamnés ou, plutôt, se sont auto condamnés. Sinon, pourquoi Didier Chenet (président du Synhorcat) lancerait-il ce cri d’alarme : “Je lance un appel solennel à tous les restaurateurs et cafetiers… La baisse de la TVA et la baisse des prix, c’est l’été de la dernière chance.”
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